• Florence Masiero

Mauvais temps

Le 24 février

Il était attendu. Les deux derniers jours voyaient le baromètre dégringoler et les températures glisser bien en deçà de zéro. Le vent se lève et oblique la neige qui, durcie, cingle les visages et s’immisce dans les yeux comme le sable d’une plage. Le froid met à mal tous les équipements et spécialement les winchs de la fibre optique reliée à l’AUV.

Sur le pont, des congères s’érigent là où la neige trouve un obstacle. Nous avons recours aux tentes prévues pour les camps sur la glace et aux chauffages de toutes sortes afin de réveiller l’électronique. Les mises à l’eau et les récupérations se font plus lentement. Nous nous figeons dans l’ambiance où le temps n’a plus d’importance.


L’humain s’adapte comme ces phoques joueurs qui paradent le long de la coque. Une baleine glisse dans le confetti d’eau confectionné par nos soins. Leurs préoccupations sont tout autre. Le 24 février 1915, L’Endurance, figé dans la glace, amorçait son agonie. Les hommes à bord avaient une telle foi en leur navire, que cela ne leur traversait pas encore l’esprit. Shackleton écrit : « Le 24 février, nous cessâmes nos observations de route ; L’Endurance devint une station d’hiver. Le jour, les hommes faisaient leur service ; la nuit tous dormaient, sauf un qui surveillait les chiens et guettait si quelque mouvement ne se produisait pas dans la glace ». Ce jour, le thermomètre indiquait 23 degrés en dessous de zéro. Ce sont les mêmes conditions que nous rencontrons aujourd’hui à ceci près, qu’une partie des hommes qui composent l’équipe sub sea ne dorment pas tous forcément la nuit !



Nos imprévus et les conditions météorologiques ne sont rien au regard de ce que nous avons appris hier. L’Odyssée de l’Endurance débute le premier jour de la première guerre mondiale pour les anglais. Sir W.Churchill avait lancé à Shackleton un laconique « poursuivez » alors que ce dernier souhaitait mettre son équipage et son navire à la disposition de l’amirauté.

Aujourd’hui nous pensons au peuple Ukrainien qui en guise de flocon de neige, reçoivent des volées de plomb ! L’histoire se répète. L’homme à la mémoire courte. Ici, l’Antarctique n’en a cure.



24 February

It was expected. The last two days had seen the barometer plummet and the temperatures slip well below zero. The wind picks up and slants the snow, which, hardened, stings the faces and gets into the eyes like sand on a beach. The cold puts a strain on all the equipment, especially the winches of the optical fibre connected to the AUV. On the deck, snowdrifts are erected where the snow finds an obstacle. We use the ice camp tents and heaters of all kinds to wake up the electronics. Launching and retrieving are done more slowly. We freeze in the atmosphere where time no longer matters. Humans adapt like the playful seals that parade along the hull. A whale slides into the water confetti we have made. Their concerns are quite different.

On 24 February 1915, L'Endurance, frozen in the ice, began her death throes. The men on board had so much faith in their ship that it did not yet cross their minds. Shackleton wrote: "On 24 February we ceased our route observations; the Endurance became a winter station. During the day the men did their duty; at night all slept, except one who watched the dogs and watched for movement in the ice. That day the thermometer read 23 degrees below zero. These are the same conditions that we are experiencing today, except that some of the men who make up the sub sea team do not necessarily sleep at night!

Our unforeseen events and the weather conditions are nothing compared to what we learned yesterday. The Endurance Odyssey began on the first day of the First World War for the British. Sir W. Churchill gave Shackleton a terse "carry on" when he wanted to put his crew and ship at the disposal of the Admiralty.

Today we think of the Ukrainian people who, as snowflakes, receive volleys of lead! History repeats itself. Man has a short memory. Here, Antarctica does not care.




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