• Florence Masiero

Fier d'avoir emmené les couleurs du RCT en Antarctique

Samedi 5 mars.


Je suis sur la banquise, le dos tourné vers L’Agulhas et notre agitation. Je tente, dans le vent glacial, d’imaginer qu’elles ont pu être les tourments des hommes de l’Endurance, venus pourtant en quête d’aventures. J’ôte mes gants. Immédiatement l’onglé sert mes doigts tel un étau. Devant moi, une plaine blanche à perte de vue. En mire, le nord-ouest, la terre, la survie. Je me retourne. Le navire écrase le paysage par sa masse et cette couleur rouge dissonante.

Je ferme les yeux. L’acier se transforme en bois, nos habits faits de synthétique se transforment en peau. L’Endurance souffre, la poupe s’est élevée au-dessus de la glace qui, petit à petit, comprime le fier navire. Le silence est pesant, la présence réconfortante et les aboiements des chiens sont à présent des souvenirs douloureux. Nous sommes le 21 novembre 1915 au matin. Même s’ils savent que leur « maison » est vouée à disparaître, ce seul lien matériel les relie encore à un monde qui n’existe plus, ils s’accrochent à cet amas de bois. Puis vint le soir. Le navire épuisé par la lutte inégale contre l’élément s’incline, il cède, puis il disparait englouti par la glace. L’antarctique prend son tribut à ces hommes venus la défier.

En 1914, l’expédition de Shackleton comptait 28 hommes. Lors de la perte de l’Endurance, ils ont dû faire face, durant 17 mois, à des problématiques quotidiennes comme nous pouvons l’imaginer. Loin de tout, sans communication possible, seule un état d’esprit fort a transcendé ces hommes dans la survie que leur imposait l’Antarctique. Durant ces mois, la solidarité, l’entraide, le soutien, la fraternité étaient au cœur de leur quotidien et de leurs préoccupations. Il fallait équilibrer les forces, soutenir et aider les faibles, éteindre les égos. L’abnégation et l’empathie étaient leurs forces majeures. Lorsque Franck Hurley perdit ses moufles, Shackleton n’hésita pas une seconde à lui donner les siennes. Il eut quelques doigts gelés. Lors de leur retour en Angleterre, aucun homme ne manquait.

Cette transition m’est personnelle, mais je compare cet état d’esprit à celle d’une équipe de rugby. Je pense surtout à notre RCT, dans la tourmente, qui doit se mobiliser pour retrouver la place qu’elle mérite. Une équipe, comme celle de l’Endurance, était constituée de grands, de fort, de gros, de rapide, de lent, d’intelligent et un peu moins. Personne ne s’est échappé, surtout lorsque le bateau faisait l’eau.

Je suis très fier d’avoir emmené nos couleurs sur la banquise, là où des hommes ont souffert mais qui, dans l’abnégation et le courage, ont su se sortir d’une situation critique. Loin sur la banquise, et même si mon avis ne compte pas, j’ai confiance en notre équipe et son état d’esprit. Azéma, comme Shackelton, sortira ses hommes de la tourmente.

J’ai la crédulité de penser également que l’histoire des hommes de l’Endurance est un hymne à cette solidarité qui pourrait, si nous en prenons conscience, nous faire sortir de la situation politique et des heures sombres que nous vivons.


Toulonnais un jour, Toulonnais toujours ! Parce que Toulon !

https://endurance22.org/



Saturday 5th March.

I am on the ice floe with my back to the Agulhas and our agitation. I try, in the icy wind, to imagine what the torments of the men of the Endurance might have been, even though they had come in search of adventure. I take off my gloves. Immediately the nail clamps my fingers like a vice. In front of me, a white plain as far as the eye can see. In my sights, the northwest, the land, survival. I turn around. The ship crushes the landscape with its mass and its dissonant red colour.

I close my eyes. Steel turns to wood, our synthetic clothes turn to skin. The Endurance suffers, the stern has risen above the ice which, little by little, compresses the proud ship. The silence is heavy, the comforting presence and barking of the dogs are now painful memories. It is the morning of 21 November 1915. Even though they know that their 'home' is doomed to disappear, this only material link still connects them to a world that no longer exists, they cling to this pile of wood. Then came the evening. The ship, exhausted by the unequal struggle against the element, tilts, gives way and disappears, swallowed up by the ice. The Antarctic takes its toll on these men who have come to challenge it.

In 1914, Shackleton's expedition numbered 28 men. When the Endurance was lost, they had to face, during 17 months, daily problems as we can imagine. Far from everything, without any communication, only a strong state of mind transcended these men in the survival imposed on them by Antarctica. During these months, solidarity, mutual aid, support and brotherhood were at the heart of their daily lives and their concerns. It was necessary to balance forces, to support and help the weak, to extinguish egos. Self-sacrifice and empathy were their major strengths. When Frank Hurley lost his mittens, Shackleton did not hesitate for a second to give him his own. He had a few frozen fingers. On their return to England, no man was missing.

This transition is personal to me, but I compare this state of mind to that of a rugby team. I am thinking especially of our RCT, in turmoil, which must mobilise to regain the place it deserves. A team, like the Endurance, was made up of the big, the strong, the fat, the fast, the slow, the smart and the not so smart. Nobody got away, especially when the boat was taking on water.

I am very proud to have taken our colours to the ice floe, where men have suffered but who, through self-sacrifice and courage, have managed to get out of a critical situation. Far away on the ice, and even if my opinion does not count, I have confidence in our team and its state of mind. Azéma, like Shackelton, will get his men out of trouble.

I also have the credulity to think that the history of the men of the Endurance is a hymn to this solidarity which could, if we become aware of it, get us out of the political situation and the dark hours we are living.

Once a Toulon, always a Toulon! Because Toulon!


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