• Florence Masiero

C’est la rentrée des glaces !



Tout a une fin, sauf la banane qui en a deux. Nous avons quitté la mer de Weddell avec une étoile supplémentaire sur le chapeau. La plus belle. Elle orne la poupe de ce navire mythique, qui nous a guidé jusqu’à elle.

Durant ce mois passé au contact de la banquise, nous avons ressenti toute la puissance d’un monde différent qui me fait dire que les hommes ne vivent pas la même existence sur notre petite planète.

Nous avons quitté ce monde de glace, fait de silences feutrés, perturbés parfois par les cris rauques des empereurs et des phoques, entrecoupés par le souffle puissant des baleines de Minke et du blizzard.

La Géorgie du Sud est à présent une tête d’épingle sur l’horizon. Les derniers icebergs croisent notre route. La nostalgie nous étreint déjà. La houle se lève, grossie. Les 40e rugissants, 50e hurlants, 60e déferlants, portent si bien leurs noms. Ici les vagues sont le jouet des oiseaux qui suivent notre navire sans un battement d’ailes : fulmars, albatros, océanites. Quelques soit leur taille, ils s’amusent sur ces montagnes éphémères et dans l’écume se mêle parfois le souffle des baleines.

L’Agulhas II, après des jours passés calé sur la glace, danse sur la mer et écume comme un cheval joyeux d’avoir quitté son paddock. Ses passagers chaloupent un peu dans les coursives et il faut parfois retenir une assiette ou un verre qui rêvent de voler.

Bientôt nous serons à Cape Town pour la démobilisation du bateau. Les jouets vont retourner dans leurs boîtes et ceux qui s’amusaient avec, vont retrouver leur pays, leur famille. Nous avons écrit une histoire, il faut à présent la partager.

Dans le taxi qui me mènent à l’aéroport, Black entonne le refrain de Wonderful World et sur le tarmac mon avion suit les panneaux « south ». Décidemment, le pôle veille sur nous.

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Back from the ice !

Everything has an end, except the banana, which has two. We have left the Weddell Sea with an extra star on our hat. The most beautiful one. It adorns the stern of this mythical ship, which guided us to it.

During this month spent in contact with the ice pack, we felt the power of a different world, which makes me say that men do not live the same existence on our small planet.

We left this world of ice, made of muffled silences, sometimes disturbed by the hoarse cries of emperors and seals, interspersed with the powerful blow of the Minke whales and the blizzard.

South Georgia is now a pinhead on the horizon. The last icebergs cross our path. Nostalgia is already gripping us. The swell rises, thickened. The Roaring 40s, the Howling 50s, the Breaking 60s are so aptly named. Here the waves are the plaything of the birds that follow our ship without a flap of the wings: fulmars, albatrosses, storm-petrels. Whatever their size, they have fun on these ephemeral mountains and in the foam sometimes mingles the breath of the whales.

The Agulhas II, after days on the ice, dances on the sea and foams like a horse happy to have left its paddock. Her passengers wander a bit in the gangways and we sometimes have to hold back a plate or a glass that dreams of flying.

Soon we will be in Cape Town for the demobilisation of the ship. The toys will go back into their boxes and those who played with them will find their country, their family. We have written a story, now we have to share it.

In the taxi that takes me to the airport, Black sings the chorus of Wonderful World and on the tarmac my plane follows the "south" signs. The pole is definitely watching over us.





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