• Florence Masiero

À la passerelle

Dernière mise à jour : 21 mars

Le 12 février 5h30 du matin.

Je scrute un horizon bouché dans l’espoir d’observer le cône du volcan Zavodovski sur l’une des îles Sandwich. En effet nous passons enfin entre la Géorgie du sud et cet archipel. Malheureusement, un épais brouillard rend cette possibilité vaine je fais donc appel à mon imagination afin de rendre ce moment unique.

Ce matin, des vagues de 6 à 7 mètres balayent les ponts. La porte de l’Antarctique ne s’ouvre pas si facilement ! Le bateau roule bord sur bord et impose son rythme. Un albatros géant nous observe de son œil d’Agathe. Il est si imposant, que l’on pourrait penser qu’une autruche s’est laissé pousser des ailes.

Partout des troupeaux de moutons XXL. De mon hublot j’assiste à la naissance de montagnes aussi écumantes qu’éphémères. Des monts Fuji par milliers ! Le roulis est si important que le sol de ma cabine est jonché de ce qui était encore hier, soigneusement étagé. J’ai abandonné l’idée ou la volonté de vouloir ranger. Une chambre d’ado !

Toutefois, même si ces conditions nous paraissent dantesque, car les vagues augmentent d’heure en heure, je garde à l’esprit ces mots de S.E Shackleton imprimés dans son récit : « Après 26 ans de navigation, je connaissais l’océan dans toutes ses humeurs, mais jamais je n’avais rencontré sur ma route une vague aussi gigantesque, c’était un puissant soulèvement qui n’avait rien en commun avec les hautes lames coiffées de blanc, nos ennemies inlassables ».

Il y a 108 ans, après des mois passés sur la banquise, 6 hommes arrivaient au pied de la Géorgie du Sud après une traversée de quatorze jours sur mer effroyable et huit cents milles nautiques avalés à bord d’un frêle esquif. Impensable !

Cette île, 3 des leurs la traverseront en 36 heures. Arrivés à la station baleinière de Stromness, Ernst Shackleton se présenta à Mr Sorlle, l’intendant de la base. « Bonjour je suis Ernst Shackleton ! ». Sans voix, car malgré la guerre qui faisait rage en Europe, la disparition de l’Endurance n’était pas passée inaperçue. Mr Sorlle serra la main du grand aventurier. Des larmes roulaient sur ses joues.

Fred à bord de l'Agulhas II



February 12, 5:30 am.

On the bridge, I scan a blocked horizon in the hope of observing the cone of the Zavodovski volcano on one of the Sandwich Islands. Indeed, we finally pass between South Georgia and this archipelago. Unfortunately, a thick fog makes this possibility vain so I use my imagination to make this moment unique.

This morning, waves of 6 to 7 meters sweep the decks. The door to Antarctica does not open so easily ! The boat rolls from side to side and sets the pace. A giant albatross watches us with its Agatha eye. It is so imposing that you might think an ostrich has grown wings.

Everywhere flocks of sheep XXL. From my window I witness the birth of mountains as foaming as they are ephemeral. Mount Fuji by the thousands! The roll is so great that the floor of my cabin is strewn with what was only yesterday carefully layered. I have given up the idea or the will to tidy up. A teenager's room!

However, even if these conditions seem Dantesque, as the waves increase by the hour, I keep in mind these words of S.E. Shackleton printed in his account: "After 26 years of sailing, I knew the ocean in all its moods, but never had I encountered on my way such a gigantic wave, it was a mighty heave that had nothing in common with the high white-capped waves, our tireless enemies.

108 years ago, after months spent on the ice floe, 6 men arrived at the foot of South Georgia after a fourteen day crossing on a frightening sea and eight hundred nautical miles swallowed on board a frail skiff. Unthinkable!


Fred


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